Rififi à Lille: article vu dans Nord Eclair
http://www.nordeclair.fr/Locales/2009/04/25/retention-de-salaire-contre-retention-de.shtml
Publié le samedi 25 avril 2009
Rétention de salaire contre rétention de notes
Depuis lundi, une dizaine de profs grévistes de la fac de droit ont vu leur salaire suspendu. L'administration leur reproche de ne pas avoir transmis les notes du 1er semestre et de pénaliser les étudiants.
À la fac de droit de Lille 2, depuis le début de la semaine, c'est un peu « tu retiens, je retiens par la calculette... ». La présidence de l'université reproche en effet à douze des enseignants de la fac de droit (sur 350), de retenir abusivement les notes du 1er semestre.
Inadmissible pour Christian Sergheraert, le président de Lille 2, qui, début avril, a réclamé que ces notes soient transmises dans les plus brefs délais à l'administration, avant de passer au stade supérieur en appliquant une retenue sur salaire « pour service non fait » chaque jour tant que les notes ne seront pas transmises et menaçant d'un conseil de discipline les « irréductibles ».
« Étudiants pris en otages » ?
Si trois d'entre eux ont finalement répondu à l'injonction, il en reste neuf qui refusent de se soumettre, restant mobilisés pour faire aboutir un certain nombre de revendications nationales - abrogation de la LRU - et locales, comme l'abaissement de la jauge à 25 élèves maximum par TD pendant les trois premières années de licence. « La plupart sont des enseignants de science politique, peu représentatifs », s'insurge Christian Sergheraert pour qui ces enseignants prennent les étudiants rien moins qu'« en otages ». « Les étudiants de Master 1 sont pénalisés pour constituer leur dossier de Master 2, poursuit le président de Lille 2. Nous avons déjà eu des refus pour cause de dossier incomplet. » « Faux ! », rétorque de son côté Fabien Desage, maître de conférence en Science Politique, touché par la retenue sur salaire et qui s'estime « méprisé » par son président, auteur selon lui d'une décision « choquante et diffamante ».
« Nous avons évidemment corrigé nos copies et transmis les notes aux étudiants, explique l'enseignant. Nous avons même fait des attestations sur l'honneur pour qu'ils puissent constituer leurs dossiers, qui de toute façon doivent être transmis au plus tard en juin pour les candidats aux Master 2 » . Il n'y avait donc pas d'urgence à agir pour l'enseignant qui parle pour sa part d'une « chasse aux sorcières contre les profs qui se sont mobilisés, qui préfigure ce que sera l'université sous la nouvelle loi, avec un président qui se comporte non plus comme un collègue élu par ses pairs, mais comme un patron sanctionnant ceux qui ne sont pas dans sa ligne ».
Si les enseignants encore mobilisés veulent croire à une issue positive, sur la base de leurs revendications locales, Christian Sergheraert oppose quant à lui une fin de non-recevoir. « Il n'y aura pas de négociations supplémentaires », prévient le président de Lille 2, qui attend des neufs derniers réfractaires qu'ils fassent remonter leurs notes...